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Clochette et Compagnie

L'association a pour but de valoriser la créativité, les activités manuelles, de découvrir et faire connaitre des jeunes créateurs et de proposer des ateliers d'activités pour prévenir la violence des jeunes, l'isolement et l'exclusion.

- Clochette et Compagnie - Angélique

L'Inceste, de l'autre côté du miroir : Du fil du rasoir au fil de la tendresse
Inceste
Guérir de son enfance
October 02

Le poids des maux

 
 

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Association loi 1901 déclarée : W932001646

Voir le journal officiel 

Mon passé n’est qu’un puzzle dont je ne parviens pas à rassembler les morceaux. Des bribes refont surface assez fréquemment dans la nuit, sous forme de cauchemars ou dans des endroits et situations où monte l’angoisse en pleine journée.
Dans ces moments là, mon esprit quitte mon corps et, au-dessus de moi-même, j’assiste, impuissante à ces scènes d’horreur.

Depuis le début de mon analyse, je les couche sur papier et aujourd’hui, je crois qu’il est temps pour moi de reconstituer en parti ce qui cause ma souffrance depuis toutes ces années.

Mon premier souvenir remonte à ma petite enfance. Une école maternelle parmi tant d’autres, une petite fille apeurée dans un dortoir sombre, qui ne trouve pas le sommeil et cherche du réconfort auprès du personnel de service.
La directrice me serre le poignet et m’entraîne dans des escaliers. D’une main, elle me secoue, de l’autre, elle tire par le collier son chien. Un énorme berger allemand paralysé du train arrière.
Nous sommes dans une pièce, elle me fait mettre à genoux et me jette un drap noir sur la tête. J’entends, mais ne voie rien. Je pleur, j’ai peur.
Elle dit qu’elle me dressera, m’apprendra à être plus docile, elle me bat et je sens le souffle chaud du chien tout contre mon visage.


Les années ont passé et comme toutes les petites filles, j’ai « supporté » la curiosité des petits garçons soulevant les jupes des filles. Les autres optaient pour le pantalon, ce qui, ne convenant pas à mes parents, a fait de moi l’une des rares petite fille toujours de robes vêtues………………….Une cible toute désignée pour moqueries et taquineries de récréations.


Entrée en sixième.
En décalage avec les autres élèves. Elles sont modernes et se préoccupent de mode et de copains, j’ai toujours ma jupe rose à volant et mes chaussettes à mi-mollet. Je suis toujours la première en classe ce qui n’est pas favorable à la remontée de ma cote de popularité.
C’est là que tout va commencer.
Dans ce collège, ce sont crées des classes d’adaptation pour les jeunes en difficultés scolaire, souvent violents et beaucoup plus âgés.
Nous sommes dans une ville nouvelle et le collège est entouré par un terrain en friche et désert. Il faut le longer pour se rendre au gymnase.
 le 11/08/2003
Ce cour de sport est le dernier de la journée et, comme souvent, je sorts seule dans les dernières. Bien sûr, l’endroit n’est pas plus fréquenté que les autres jours……..Près de là, un saule pleureur.
Ils m’attendent……………. m’interpellent…….. M’arrachent mon sac et me plaquent contre le tronc de cet arbre. Même si quelqu’un passe par-là, nous sommes invisibles aux regards.
Ils sont plusieurs (combien ?….Impossible de me souvenir)
Tour à tour et parfois ensemble, leurs mains me touchent………le visage, se glissent sous mes vêtements, dans ma culotte, ils me font mal.
Une des mains devant ma bouche bloque pour partie ma respiration, je ne peux pas crier. Le ferais-je vraiment ?
La peur, la honte me paralysent de toute façon.
Combien de temps écoulé ? Impossible à dire. J’entends leurs menaces…….Je dois me taire…..Ils feront savoir quelle pute je suis.
******************

Je rentre chez moi comme un zombie, mon tee-shirt arraché et taché de sperme. Pas le temps de dire quoi que ce soit parce que je rentre en retard : c’est l’engueulade, où ai-je traîné, avec qui ?
Dialogue impossible, je me tais.
Le collège est devenu mon enfer ; mon foyer un tribunal !
Dans le premier je dois fuir les toilettes, la cantine, ruser dans les couloirs, éviter les regards. Je suis perdue et toute seule.
Chez moi, quand mes parents sont là (rarement parce qu’ils travaillent et je reste donc isolée, enfermée à la maison), ils m’accusent sans cesse de fautes dont je ne suis pas responsable. Mes résultats scolaires ne sont plus au top niveau, ils sont en colère, ne veulent pas me voir « en pleine crise d’ado comme toutes ces écervelées qui peuplent le collège »……………NO COMMENT !
Il est vrai que mon comportement se dégrade, mon raisonnement se décale : comment LES éviter, ma principale préoccupation.
Il est impossible de fuir éternellement et pour eux, l’occasion se présente l’année suivante. Je vais dans la cave chercher mon vélo et de l’eau (mes parents stockent les boissons au frais du sous-sol). Je rencontre un garçon, je le connais bien, mes parents parlent souvent avec les siens. Son père, représentant en vins fourni très régulièrement mon père.
J’ai confiance et nous descendons dans le sous-sol de chez lui pour prendre ses affaires.
ILS sont là !

Dans le labyrinthe des caves, une est inoccupée. Ils se sont installés : matelas, revues pornos, un bric à brac d’objets récupérés ça et là.
Pour moi, plus aucune issue. Ils sont armés de couteaux à crans d’arrêt. Ils me font voir des images dans les livres pour que je sois « imaginative ». Des femmes habillées de latex, du sperme plein la bouche, un fouet à la main….
- « Ca t ‘excite, hein ? Dis-le ! »

Et puis, ils ont de la drogue, de l’alcool.
Ce liquide collant, l’odeur, la douleur………Passage à vide. Je ne sais pas ce qui s’est passé pendant tout ce temps qu’ils m’ont volé.

Ils ne sont plus là, je m’enfuis.

Je me lave, me relave….Passe de la javel sur moi, brosse mes dents jusqu’au sang. Qu’est ce que je vais faire ?
Le temps s’arrête, je ne suis plus. Mon corps est sale et j’ai honte. Tous ces lavages n’ont rien changé. Pourquoi moi ?
Je n’ai pas d’amie à qui me confier, mes parents n’entendent rien. Alors ?

Alors, dans la salle de bain, une lame de rasoir…..Je coupe, me cogne la tête dans les mûrs ………………Et avale de la Vodka.
Retour de ma mère et nouvelle engueulade :
-« Qu’est ce qui se passe ? »
-« J’ai été agressé et on m’a volé mon vélo ! »
Ma mère est enragée : au prix qu‘elle payé ce vélo…………. !
Nous sommes à la gendarmerie. Moi dans le bureau, ma mère attend à l’extérieur. ILS sont fichés, je les montre du doigt. Je voudrais tout dire mais ils sont fichés pour vol et recèle, détention et usage de drogue. Le gendarme hurle ! J’ai de mauvaises fréquentations, pas étonnant qu’ILS m’aient battue et ce gendarme me dit :
- « Tu ne veux pas donner leurs adresses, ils n’ont pas cogné assez fort !! »

Je dois à ma mère de m’avoir fait sortir de ce bureau. Elle n’a pas signé le dépôt de plainte, arguant des aveux obtenus sous contrainte. Chacun à sa propre idée, personne ne m’écoute, c’est un dialogue de sourd.


Je saurai me protéger le reste de l’année sous un blouson de cuir noir clouté, provocante, violente….Passage en conseil de discipline….Mes parents me font redoubler dans une école privée. Redoublement injuste : j’ai la moyenne dans toutes les matières, mais il m’est imposé par cette nouvelle école en raison des annotations de mon dossier scolaire.
Après quelques mois difficiles,, je me fais des amies et retrouve goût à la vie dans cette école pour jeunes filles. ( école religieuse catholique)
Trois ans de vie, de sorties, d’amitié solide.

……………………………..

Je suis en seconde. Toujours la même école mixte pour le lycée, mais les garçons qui y sont admis sont respectueux et peu nombreux. Nous avons de bonnes relations amicales.
C’est la veille des vacances de Noël et nous faisons des truffes pour la classe le lendemain. Il est tard (20h) et la nuit est tombée quand nous terminons.
Je me fais raccompagner. Je suis restée craintive et mon angoisse reste très présente malgré les années écoulées.
 11/08/2003


Pascal rentre avec moi jusqu’au pied de l’immeuble. J’ai sonné à l’interphone, la voix rassurante de ma mère, on se dit « à demain ».
Quelqu’un rentre avec moi, monte dans l’ascenseur. Je suis souriante et polie, lui demande son étage. Il va au-dessus de chez moi, nous montons.
A mon étage, l’ascenseur stoppe et je ramasse mes affaires tout en le saluant. Mon regard s’arrête sur sa main. Il tient une arme à feu et m’ordonne de rester dans l’ascenseur.
Il nous fait monter un étage plus haut, sortir dans la cage d’escalier. Il parle d’une voix calme mais sèche. Je lui tourne le dos, je dois poser mes affaires. Je ne peux pas le voir mais tous mes sens sont décuplés par la peur. J’entends son souffle, je sens sont odeur, le contact de l’arme dans ma nuque est froid.
Si je ne fais pas ce qu’il me demande, il tire.
Tout tourne autour de moi, comment m’en sortir cette fois….Et puis………..Un aboiement qui résonne……….Je réalise le claquement sec de la porte dans mon dos, l’absence du froid dans mon cou.
Mon chien ………….Mon chien m’a senti et arrive vers moi tout joyeux. Je ramasse mes affaires, dévale les escaliers, referme la porte violemment derrière moi.
Je m’effondre, c’est la crise de nerf. J’ai le chien près de moi, assise par terre dans l’angle du salon, j’ai perdu l’usage de la parole.

Mes parents ont appelé la police. Ils sont arrivés 20mn après pour constater que je n’avais rien eu d’autre qu’une grosse frayeur (certes….)
- « Demain, ça te fera bien rigoler ! »


Quelle rigolade en vérité ? J’ai dû me rendre au lycée le lendemain « pas un drame » ! J’ai pleuré pendant plusieurs jours, peur qu’il ne revienne finir ce qu’il avait commencé.
Quelques jours plus tard, nous avons appris le viol d’une jeune fille deux hall d’entrés plus loin. Il n’était donc pas parti !

Je lui ai échappé, il a trouvé une autre victime. J’ai ressenti une telle culpabilité quand le regard de cette fille s’est arrêté sur moi. J’ai ressenti sa douleur.

……………………………….

Nous avons déménagé (pas bien loin) et j’ai changé d’établissement scolaire. Pour mes parents, personne ne devait savoir. J’ai enseveli mes peurs, mes peines, mes souvenirs au plus profond de moi-même.
J’ai vécu avec ma névrose, mes nombreuses phobies……..Mes peurs (psychose ?),je n’étais plus capable de ma les expliquer. J’ai survécu.
Solution ?
Quand on veut oublier, quand on a pas le droit de parler…………..Une fille étrange, inaccessible, focalisée sur sa carrière professionnelle…….

Mais ce jour de décembre 2001, toute la façade s’effondre : je viens d’apprendre que ma fille de quatre ans a été abusée……………………..
 11/08/2003
 

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J'ai changé d'orientation professionnelle, je suis psychothérapeute. Je témoigne, la parole est libératrice et la créativité une source de renaissance.(2006)
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Ce texte n'est pas libre de droit : réservés @Angélique-2003/2008


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September 29

Les droits des enfants

 

Introduction au droit à l'image

Selon les articles 226-1 à 226-8 du Code civil, tout individu jouit d'un droit au respect de sa vie privée ainsi que d'un droit à l'image,.

En vertu de ces dispositions, la publication ou la reproduction d'une photographie sur laquelle une personne est clairement reconnaissable n'est possible qu'avec son consentement préalable, que l'image soit préjudiciable ou non. Font exception à cette règle les photos de foule où la personne n'est pas le sujet centrale ou bien les photos prises de loin ou de dos.

Un document manuscrit doit ainsi être signé par la ou les personnes concernées par la photographie. Le document doit en outre faire apparaître les mentions permettant de faire référence aux photos concernées par l'autorisation et à l'utilisation qui en est faite.

Il ne peut en aucun cas être établie d'autorisation globale, couvrant tout type de photographie impliquant la personne.

Cas des enfants mineurs

Dans le cas des enfants mineurs, la signature d'autorisation des parents de l'enfant ou de ses tuteurs légaux doit également être obtenue par écrit.

 

Y a-t-il des risques à utiliser des photos d’enfants sur un site internet ou un blog ?
 

Cette question se pose par exemple pour la réalisation de sites d’établissements scolaires ou de sites familiaux.

Elle est particulièrement sensible au regard de la multiplication des affaires de pornographie infantile et de pédophilie ayant touché internet ces dernières années.

S’agissant du droit à l’image des enfants, l’autorisation des deux parents est nécessaire avant toute diffusion sur un site web. A défaut d’autorisation, vous vous exposez à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende ainsi qu’à une condamnation à des dommages et intérêts pour l’atteinte portée à ce droit.

Par ailleurs, en cas de mise en ligne même avec l’autorisation des deux parents, d’images de mineurs avec un caractère pornographique manifeste, le juge pourra vous condamner à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. En effet, l’article 227-23 du Code pénal punit le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d’enregistrer ou de transmettre l’image ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique et est diffusée au moyen d’un réseau de télécommunications.

Toute photo peut être récupérée à des fins pornographiques ou pédophiles. Il est donc à éviter d'exposer vos enfants sur des blogs à usage non restrictifs.

Pour aller plus loin : Mary Odile- "Du fil du rasoir au fil de la tendresse"

 

 

September 25

Virginie Talmont - Inceste.....

 

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Virginie Talmont - Inceste.....

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Alors qu'elle a tout pour être heureuse, Virginie souffre depuis l'enfance d'un profond mal-être. Après la naissance de sa première fille, elle découvre qu'elle ne supporte pas de voir son père s'en approcher et qu'elle se refuse elle-même à certains gestes, pourtant anodins, sur son bébé.
Pour comprendre, elle décide de remonter le fil de sa souffrance. Sur ce chemin long et douloureux, aidée par la psychanalyse et la prière, elle rencontre une petite fille, terrorisée, nichée à l'intérieur d'elle-même, qui lui confie des choses affreuses sur son père. Virginie n'arrive pas à écouter cette voix, ni à la croire. Mais peu à peu la confiance grandit et la jeune femme se réapproprie cette part de son enfance que sa mémoire avait oblitérée. Le puzzle prend forme, la vérité qui libère fait surface, la guérison se profile à l'horizon. Alors commence pour elle un nouveau combat. Comment affronter ce père incestueux qui réclame un droit de visite sur ses petits-enfants ? Comment réagir face à sa famille qui doute de ses révélations ? D'une plume sensible, pudique, nerveuse aussi, l'auteur nous entraîne dans sa quête de vérité, de bonheur et de paix. Un récit bouleversant.
 

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Biographie de l'auteur
Virginie Talmont est mariée et mère de deux enfants. Diplômée en gestion et en communication, elle est journaliste dans un grand quotidien national. Le livre est publié sous pseudonyme.

Extrait :

" Le mensonge tue. Il tue psychiquement, physiquement aussi peut-être. Combien de suicides, de cancers, de crises cardiaques, de maladies, se déclenchent sur des non-dits, des secrets de famille, des mensonges?"

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Quel que soit ce non-dit, je pense que chacun devrait méditer cet extrait.

@ bientôt

Miss Clochette 

July 08

La violence scolaire

 

Depuis deux décennies, la violence des jeunes dans les établissements scolaires est devenue une question de société. Les actes de violence scolaire sont désormais répertoriés, un observatoire les analyse et des plans antiviolence ont été mis en œuvre. Les sciences sociales s'interrogent sur le phénomène lui-même, mais aussi sur le regard que la société porte sur cette violence.

Est-ce un phénomène nouveau ?

La violence, à l'intérieur ou à l'extérieur des institutions scolaires, est une donnée permanente de l'histoire de la jeunesse à travers les âges. Au XIIIe siècle, les étudiants de la Sorbonne se battent à plusieurs reprises, à mains armées, avec les bourgeois parisiens, la police du prévôt de Paris, ou même, en 1278, avec les moines de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Au XIXe siècle, le lycée Louis-le-Grand a connu huit révoltes d'élèves (on disait alors « mutineries ») entre 1815 et 1883, dont plusieurs nécessitèrent l'intervention de la police parisienne. Plus près de nous, Hervé Hamon et Patrick Rotman ont comptabilisé, dans leur ouvrage Tant qu'il y aura des profs (1), les violences scolaires recensées par la presse entre 1979 et 1984. La liste est impressionnante et comprend, outre rackets, affrontements entre bandes et viols, trois meurtres, dont deux d'adultes.

Pour les historiens, la violence des jeunes au sein des établissements scolaires n'a donc rien de nouveau, comme d'ailleurs la violence des jeunes en général. Tout adulte qui garde un souvenir objectif des cours de récréation sait que la loi du plus fort s'y exerce souvent.

La violence scolaire prend en revanche à chaque époque des formes nouvelles, et la société y réagit à chaque fois en fonction de valeurs et de critères qui eux-mêmes évoluent.

Comment la mesure-t-on ?

L'enquête de Georges Tallon, qui portait sur 41 collèges, « en situation a priori difficile », et un échantillon représentatif de lycées professionnels, est longtemps restée la seule référence disponible. S'y sont ajoutés à partir de 1993 des recensements menés par le ministère de l'Intérieur et des rapports de parlementaires. C'est en 2001 que le ministère de l'Education nationale a mis en place le logiciel Signa qui permet de synthétiser l'ensemble des actes de violence signalés par les chefs d'établissement et dont les résultats sont disponibles chaque année (voir le tableau p. 13).

Le sociologue Eric Debarbieux, qui reconnaît l'utilité de ces données, en souligne tout de même deux défauts de nature contradictoire. Le premier est celui de « faire exister le phénomène en en parlant (2)(2) ». Autrement dit, le fait de publier une mesure des incidents violents de la vie scolaire peut alimenter une manipulation de l'opinion publique en faveur d'une politique sécuritaire. Mais il souligne aussi, à l'inverse, l'insuffisance des données administratives qui, selon lui, sous-estiment la réalité de la violence à l'école. Il plaide donc pour des enquêtes de « victimation » qui, comme le montre le tableau précité, donnent une autre dimension au phénomène. Il insiste enfin sur la nécessité d'éviter à la fois le piège de « la manipulation démagogique » et celui de « la négation » ou de « l'ignorance », au profit d'une approche raisonnée permettant de distinguer à la fois les différents types de violence et les différents contextes qui la produisent.

Depuis quand et pourquoi la mesure-t-on ?

La violence des jeunes à l'école n'a été reconnue en France comme un problème de société qu'à la fin des années 1970. Le premier rapport sur cette question, confidentiel, est rédigé par l'inspecteur général Georges Tallon en 1979 (voir le tableau p. 11). Il est difficile de ne pas voir ici la proximité avec une autre date, doublement emblématique : l'année 1975, qui voit à la fois s'ouvrir le collège unique et débuter la crise pétrolière. Autrement dit, les « nouveaux publics », entendons par là la totalité des enfants des milieux populaires et non plus seulement les plus méritants d'entre eux, sont admis en masse dans l'enseignement secondaire au moment même où leurs parents sont les premières victimes du chômage.

Signe du choc que représente l'arrivée des nouveaux publics au collège, les taux de redoublement augmentent spectaculairement entre 1975 et 1985 : de 6,5 % à 16,4 % en 5e, de 7,3 % à 14,3 % en 3e. Or certains jeunes des milieux populaires sont parfois porteurs d'une culture de l'affrontement physique comme affirmation virile de soi et preuve de courage. Nouvellement admis au collège, ils y importent avec eux cette brutalité potentielle, exacerbée par la dégradation de leurs conditions de vie et d'entrée dans la vie active.

A-t-elle augmenté ces dernières années ?

Comme les statistiques disponibles reposent sur les signalements fournis par les chefs d'établissement, elles sont nécessairement dépendantes à la fois des stratégies de chacun et des injonctions de l'administration centrale. Ainsi, alors qu'à l'époque du rapport Tallon le ministère tendait plutôt à « nier l'évidence », comme le disaient H. Hamon et P. Rotman, la tendance est aujourd'hui inverse. Le seul fait d'avoir reconnu la violence et commencé à la mesurer a logiquement donné le sentiment qu'elle augmentait.

Une première certitude émerge cependant des études sur le sujet : les collèges et les lycées professionnels sont en première ligne, l'école primaire et les lycées généraux et technologiques sont beaucoup moins concernés. Une seconde certitude peut également être formulée : les violences « graves » (vols, racket, agressions armées, viols, destructions de biens), celles que les médias se complaisent justement à rapporter, demeurent rares. Ce qui domine, ce sont ce que l'on appelle aujourd'hui les « incivilités » (insultes et menaces) et les « violences physiques sans arme », c'est-à-dire ce que l'on aurait appelé autrefois l'insolence et les bagarres. Dernière certitude enfin, ce sont les jeunes eux-mêmes qui sont les premières victimes de cette violence, bien plus que les adultes des établissements. Certains sont victimes de ce que les Anglo-Saxons appellent le « schoolbullying », c'est-à-dire un harcèlement fait de brutalités et d'insultes quotidiennes, d'une suite continue de ce que l'on nomme aussi des « microviolences ». En ce qui concerne l'évolution générale de la violence scolaire, le tableau qu'en dressent E. Debarbieux et ses collaborateurs pourrait se résumer en une formule : moins fréquente mais plus grave. Ainsi, la proportion d'élèves se déclarant victimes de racket est passée de 9 % en 1995 à 6 % en 2003. Mais les victimes se plaignent d'une plus grande violence de ce racket, désormais pratiqué plus souvent en bande. E. Debarbieux constate que ce processus paradoxal de diminution quantitative et d'aggravation qualitative est corrélé avec la ghettoïsation de certains établissements concentrant les difficultés, notamment les problèmes de racisme, alors que la majorité des autres établissements reste plutôt paisible.

Peut-on en identifier les causes déterminantes ?

« Après 1968, rien n'est plus pareil », écrit Jacques Pain (3). Le chercheur veut ainsi pointer la « libéralisation des mœurs de la société civile » qui fait que l'école doit affronter « une érosion en règle des racines normatives de la France contemporaine ». Les modèles éducatifs dominants sont désormais libéraux, ou démocratiques, tandis que l'autorité ne va plus de soi, que ce soient celle des adultes, des policiers, des juges, ou, de façon encore plus marquée, celle des enseignants ou des politiciens. A cette première évolution, J. Pain en corrèle deux autres. La première est celle de l'émergence de la société de consommation, qui fait de l'accès aux biens matériels une composante essentielle du sentiment de bien-être et d'égalité. La seconde est celle de la crise économique et sociale qui marginalise une proportion significative de la population en lui rendant l'accès au travail difficile, et par conséquent celui à la consommation.

Or ce sont bien parmi les enfants des catégories sociales qui accèdent le plus difficilement à la consommation que se recrutent les élèves les plus violents. Dans une forme de lutte des classes larvée, ces élèves, qui par ailleurs ne sont plus éduqués dans le respect automatique des adultes et des institutions, agressent ceux qu'ils perçoivent comme des privilégiés : aussi bien les bons élèves, qualifiés « d'intellos » ou de « bouffons », que les enseignants, dont une étude de Bernard Charlot avait montré qu'ils les comparaient volontiers aux hommes politiques (4).

Mais au-delà de cette interprétation en termes d'analyse globale de la société, les chercheurs soulignent que la violence scolaire est aussi le produit d'une rencontre entre les problèmes individuels de certains adolescents et des contextes locaux particuliers. Comme l'écrit E. Debarbieux, la majorité des élèves qui « vivent l'exclusion sociale » ne sont pas violents à l'école. La violence scolaire est donc aussi analysée en termes de « cumul de facteurs de risques » : problèmes familiaux, difficultés psychologiques, fréquentation de délinquants, effectifs des établissements et des classes, organisation de la vie des établissements, revendications ethniques ou religieuses...

L'école n'est-elle pas violente elle aussi ?

Pour expliquer les mutineries à répétitions des lycéens de Louis-le-Grand au XIXe siècle, l'historien Gustave Dupont-Ferrier écrivait en 1922 : « La discipline de la maison ne triomphait que par la force et n'agissait pas sur la conscience (5)(5) » Un demi-siècle plus tard, historiens et sociologues dénonceront abondamment le caractère contraignant et coercitif du fonctionnement des établissements scolaires. Silence dans les classes, élèves en rangs dans la cour, dialogue inexistant avec les adultes de l'établissement, toute-puissance des enseignants, travail réduit à la restitution passive des connaissances, les événements de mai 68 avaient résumé ce constat en un slogan efficace : le « lycée caserne ». La pratique de la punition corporelle était également dénoncée, même si elle demeurait essentiellement cantonnée à l'école primaire, et parfois aux ateliers des lycées professionnels.

Près de quarante ans après, il serait difficile de soutenir que rien n'a changé. Les élèves et leurs parents ont des délégués qui les représentent dans plusieurs instances des établissements, la parole avec les adultes est plus libre, les élèves circulent plus librement, et sont plus souvent incités à prendre la parole en classe.

Toute violence de l'institution a-t-elle pour autant disparu ? Pas sûr, si l'on en croît les spécialistes. J. Pain rappelle que l'école peut encore être le lieu « d'abus symboliques d'autorité », abus dont Pierre Merle a récemment dressé un tableau dans son livre L'Elève humilié (6). Remarques humiliantes, ironie blessante, jugements dévalorisants font selon cet auteur encore souvent parti de l'arsenal répressif de nombre d'enseignants. Les victimes en sont le plus souvent les élèves en difficulté, c'est-à-dire majoritairement ceux d'origine sociale modeste. Certaines violences physiques peuvent aussi être une réponse à la violence symbolique de l'institution.

La violence scolaire est-elle un phénomène international ?

Le seul fait que l'on utilise une expression anglaise, le « schoolbullying », pour désigner une des formes les plus courantes de la violence scolaire entre élèves suffit à répondre à la question posée : tous les pays sont concernés par la violence scolaire. Et, comme en France, il convient de se méfier de l'image qu'en donnent les médias, centrés sur les massacres spectaculaires tels que celui qui a fait le sujet du célèbre documentaire de Michael Moore, Bowling for Columbine (2002). E. Debarbieux montre que ces massacres, qui se sont produits pendant tous le XXe siècle dans plusieurs pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon, Allemagne), restent tout à fait exceptionnels et non représentatifs de la violence courante des établissements scolaires, qui partout se concentre dans les établissements des quartiers les plus pauvres.

Plus surprenants sont les résultats d'enquêtes menées par les collaborateurs d'E. Debarbieux dans des pays pauvres, en l'occurrence le Brésil, le Burkina Faso et Djibouti. La violence scolaire est dans ces pays moins fréquente que dans la plupart des pays riches. La pauvreté explique en partie le phénomène : enfants et adolescents vont moins longtemps à l'école, à la fois dans la journée et en nombre d'années ; les risques d'incidents violents sont donc arithmétiquement moins élevés. Mais E. Debarbieux formule aussi une autre hypothèse : dans ces pays, des communautés soudées et solidaires ont subsisté (villages ou favelas), et les écoles bénéficient de ce « lien de proximité qui produit une régulation forte ». Hypothèse qui a le mérite de rappeler un des points communs à toutes les études sur la violence scolaire : quel que soit le contexte national, c'est dans les établissements où les équipes éducatives sont à la fois solidaires et bienveillantes que la violence des élèves est la moins fréquente.

June 20

La mélancolie

 

La mélancolie

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On aurait tort de ne voir dans la mélancolie qu'une forme de " manque ", une passivité de l'âme et une tendance chronique à la " dépression ". Ce dernier terme, en particulier, occulte le caractère passionnel et virulent d'une attitude qui consiste à s'accuser soi-même de tous les péchés, de toutes les indignités, et à se représenter comme l'être le plus immonde qui soit. Autrement dit, comme le remarque finement Serge André, le sujet mélancolique ne se contente pas de se " plaindre ", il " porte plainte " littéralement contre ce qu'il est devenu lui-même, objet-déchet livré à la jouissance de l'Autre, et contre tous les semblants qui gouvernent le monde. Cette identification au statut d'objet et la jouissance qui s'y attache, permet de relier de façon pertinente la mélancolie avec la structure perverse, la première apparaissant comme un trait privilégié de la seconde (même si on la rencontre également dans les principales névroses et certaines psychoses).

 
Mylene Tous ces Combats
 

 Généralement la mélancolie alterne avec des épisodes maniaques où, cette fois, l'objet se trouve expulsé au-dehors et violemment dénoncé. Le motif déclenchant de la mélancolie étant souvent la perte d'un objet d'amour, on pourrait en parler comme d'un travail du deuil inversé, qui salirait l'objet au lieu de le magnifier symboliquement, et qui rapporterait une étrange satisfaction au sujet. Il semblerait que l'objet perdu se confonde avec une partie du sujet lui-même. Plus exactement, le sujet semble avoir perdu toutes les illusions composant ordinairement l'idéal du moi ; le moi subit une désidéalisation qui le laisse choir au rang d'objet pulsionnel brut, tel que l'excrément. L'objet n'est plus recouvert du voile pudique et valorisant du phallus, ce signifiant non linguistique qui produit tous les effets de signifié. Dans la psychose, on assiste à une carence des effets de signifié due à la forclusion du Nom-du-Père, qui représente le phallus dans le langage ; dans la perversion à symptôme mélancolique, il semblerait que quelque chose soit réellement transmis, dans le discours de la mère, à propos de la signification phallique : précisément sa dimension de leurre, de tromperie, d'imposture radicale. La mère se déclarant non-dupe de la comédie phallique, n'étant pas prête à se laisser leurrer, c'est le fils qui se retrouve à errer en s'identifiant à l'objet lui-même déphallicisé, misérable, englobant dans son obscénité le monde tout entier. C'est la différence avec le psychotique qui honore directement quelque grand Autre, dont il est l'objet phallique. L'attitude mélancolique du pervers relève davantage de la mauvaise foi, dans le sens où son moi reste apparemment son principal souci, sa principale référence. Un moi cependant trop décrié, trop insulté pour être honnête, car il s'agit quand même bien de servir un grand Autre. En concentrant sur lui toute l'horreur du monde, le sujet veut préserver l'Autre ; il ne veut rien savoir de la castration maternelle, il veut la faire oublier. Si c'est lui, le déchet, ce n'est donc pas l'Autre. Le pervers n'est pas dans le registre du délire, encore moins de l'hallucination, mais dans celui de la tromperie ; il a besoin de tromper et surtout d'être trompé, même s'il passe son temps, comme dans le cas du mélancolique, à dénoncer la tromperie généralisée. Il reste que la dénonciation mélancolique peut-être rehaussée si elle porte, non plus simplement sur le moi en position d'objet déchet, mais sur la trompeuse relation qu'il entretient avec l'Autre ; autrement dit sur le semblant de cette relation elle-même. Une façon plus radicale d'être non-dupe de cette comédie phallique en général que représente l'univers faussement nécessaire de la relation. Le monde n'est pas cette tromperie généralisée que dénonce le mélancolique dans son désir narcissique d'être trompé ou rejeté (par l'Autre) ; pourtant il exhibe occasionnellement cet "être-trompé" individuel et indubitable comme condition réelle de toute tromperie..........

@ bientôt

 

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